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★ Chroniques musicales


FLORIAN BRINKER « Filer à l’anglaise »


  FLORIAN BRINKER « Filer à l’anglaise »

Atlantis Productions / New Track Music / Anticraft

Laissez-moi vous présenter un disque qui me tient à cœur... En effet, Florian est un vieil ami de Lycée qui n’a jamais eu de cesse d’explorer les méandres d’une pop précieuse d’obédience british dans la langue de Césaire (Gotainer ? Murat ? Daho ? Gamine ?). Déjà, lors des soirées d’adolescents sur les coteaux de la ville rose (au dessus de l’usine à eau désaffectée pour les initiés) il prenait sa vieille Ovation pour égrainer arpèges et pickings mélancoliques... Combien de filles a-t’il fait craquer lorsqu’il entonnait « English Rose » de Paul Weller au coin du feu ? Nul ne le sait... Quoi qu’il en soit Florian fait de la musique qui parle aux filles avant tout, un peu comme un De Palmas mais avec plus de culture musicale, de goût et surtout de mordant !

Pour en venir à « Filer à l’anglaise », nous savions qu’à côté de ses différents groupes (Rinôcérôse, The Chase, les excellents Koacha... ), il travaillait sur un projet solo depuis le split d’Otis Wood. On pouvait s’attendre à tout venant de lui ; personnellement je pensais que l’age aidant il aurait pondu selon l’humeur un concept album de coiffeur empli d’arrangements pompeux, un ovni d’obédience 90’s manchesteroïde... voire un remake punk de « Freak Out » des Mothers of Invention...

Mais quelle a été mon erreur ! Après avoir, sans compassion aucune, passé au crible les divers morceaux de cet album qui nécessite maintes écoutes pour être entendu voici les premières conclusions que l’on peut en tirer... « Pas d’inquiétude » et ses relents Bob Mouldiens nous rassure tout de suite, Florian revient dans un style qui lui est cher, celui qui lui sied le mieux : la Power Pop à guitare ! Des riffs de chez « Kitu », des accords nobles chers aux Beatles et à certains standars d’Oasis, des harmonies classieuses...entre Manchester et Liverpool ...tous les ingrédients sont réunis. Bien sur la production est soignée, clean, parfois un peu variétoche mais on ne peut pas résumer le Wock’n’Woll aux Coronados ou au Len Bright Combo ! Et puis à côté de çà les pianos Rhodes et autres bande à l’envers (sur « A Rebours ») viennent nous exciter les oreilles : Florian demeure un esthète dont le spectre musical oscille à 360 degrés. Evidemment certains esprits chagrins regretteront le manque de rage viscérale, d’énergie post-adolescente qui hantait les concerts d’Otis Wood... Pour les envolées vocales et haut perchées il faudra attendre de voir ce que Florian va nous offrir en live. Je ne doute pas que ces chansons studios, pesées, calibrées, millimétrées parfois à l’excès sachent prendre toute leur dimension émotionnelle devant un public. Toute la difficulté de chanter « dans une boite » comme dirait Clooney dans « O’Brother »...

Florian Brinker est un animal de scène, de ceux qui ont besoin de sentir le rapport charnel à leur auditoire pour se transcender... La virtualité, le côté « coupé du monde réel » propre à tout enregistrement studio demeure certes un passage obligé pour propager la bonne parole, mais souvent on endort la bête qui ne demande qu’à éructer ! Mais revenons à notre propos... Je ne serais pas étonné que quelques titres de « Filer à l’anglaise » donnent lieu à des hits sur les radios frenchies, d’après ce que Florian m‘en a dit, « L’ombre au Tableau » aurait déjà tapé dans l’œil de RFM notamment... Le texte, en forme de règlement de compte acerbe mais respectueux, résume à lui seul l’univers et la mentalité du personnage : tout en nuances, contradictions, remises en cause et réflexion. Comme un sage qui aurait pour habitude de se regarder en face dans un miroir, de manière honnête, humble et sans faux semblant...

« Pour passer le temps je prends des médicaments, c’est bien suffisant pour tuer le mal du moment » (dans le très Dahoesque « Tu ne m’auras pas »).

Un Homme qui donne envie d’écrire sa vie et ses problèmes de tous les jours, un Homme qu’on a envie de rencontrer, un Homme qui parle dans l’oreille des filles ; un Homme qui nous rappelle en ce monde déshumanisé que les affects, les émotions simples et authentiques, ne sont pas vains.

Un disque qui respire l’Amour avec un grand A !

Si vous ne supportez plus l’horizon sans valeurs ni principes, si vous préférez l’Etre à l’avoir, procurez vous ce disque de toute urgence.

Raoul Teigneux

Illustrations :



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